Notes et devoirs : gérer ses émotions de parent

Un sujet sensible

Dans beaucoup de familles, les notes et les devoirs des enfants sont une source de tension majeure, régulièrement renouvelée. Certains parents s’en chagrinent, d’autres le subissent avec leurs enfants, comme s’ils n’avaient pas d’alternative … Pourtant, les cris, les pleurs, les portes qui claquent et autres punitions ne sont pas une fatalité. Et même, c’est tout ce qu’il faudrait éviter, dans l’idéal. Car objectivement, il est très rare que ce soit porteur pour le jeune.

Les devoirs, source de tension

Mettre à distance son vécu personnel

Pourquoi nous mettons-nous dans des états pareils ?

Nous avons bien des raisons, en tant que parents, d’être anxieux quant à la réussite scolaire de nos enfants. La société est compétitive, et nous voudrions qu’ils aient toutes les chances de leur côté. Et cela commence par l’école et les résultats scolaires. Les « bonnes notes » permettent d’accéder aux « bonnes » écoles puis aux « bons » emplois. Attention cependant : réussir sa scolarité et réussir sa vie sont deux notions bien différentes, et bien des chemins mènent à Rome. La réussite scolaire n’est que l’un deux.

Voilà pour le côté rationnel de la chose. Il mérite d’être relativisé, mais il existe.

Et puis, il y a tout son côté irrationnel. Nos enfants sont notre prolongement. Que nous le voulions ou non, leur vie scolaire nous renvoie à notre propre passé d’élève. Que nous ayons été bons élèves ou cancres, nous avons tendance à leur faire porter nos propres représentations de l’école, des notes, des devoirs. Nos propres relations avec nos parents autour de ces questions aussi.

« Je n’avais pas la chance que mes parents puissent m’aider alors, vous comprenez, je ne veux pas le laisser tomber », « Je m’inquiète, il a eu deux 13 ce mois-ci … », « Je suis toujours obligée de repasser derrière lui pour ses devoirs, il fait des fautes d’inattention à chaque fois », « Vous comprenez, son père et moi, nous avons fait une prépa, alors si elle allait en fac … ». J’ai entendu toutes ces phrases. Elles varient selon le milieu social, et le vécu scolaire des parents, mais elles sont toutes une expression de leur anxiété, liée à leur propre vécu : une histoire scolaire insatisfaisante, une pression subie et intégrée comme nécessaire, la peur de la « faute », l’impression qu’il n’existe pas de salut hors d’un circuit prédéterminé réservé à une élite scolaire. Sans compter la pression sociale ressentie par les parents quant à la réussite de leurs enfants : le regard (parfois juste supposé !) des collègues, des amis, de la famille peut être lourd à porter quand la forme de réussite de son enfant n’est pas celle attendue socialement.

Prendre conscience de tout ce que remue en nous la question du travail scolaire et des notes est un premier pas essentiel pour avancer.

Car dans l’immense majorité des cas, quand cela amène des tensions entre parents et enfants, c’est préjudiciable aux relations familiales, bien sûr, mais aussi au développement personnel et donc à la réussite à long terme des enfants.

Donner du sens aux devoirs et aux notes

À quoi servent les devoirs ?

Vous savez probablement qu’en France, les devoirs écrits sont officiellement interdits à l’école primaire depuis 1956 … interdiction tout à fait vaine, puisque dans les faits, une majorité de professeurs des écoles en donnent. Souvent parce que les parents en demandent, d’ailleurs.

Donc, vos enfants ont des devoirs à faire. La première question à se poser, et peut-être aussi à poser aux enseignants de vos enfants, est : « à quoi servent les devoirs ? »

En général, on entend par « devoirs », l’indispensable apprentissage des leçons mais aussi des exercices d’application, des recherches, des exposés. En grandissant, les élèves ont aussi plus ou moins régulièrement des « devoirs maison » notés, mais qui comptent en général bien peu dans la moyenne de la discipline, et donc encore nettement moins dans la moyenne générale (que beaucoup d’établissements délaissent, et c’est heureux).

Quel est l’enjeu ? Celui de l’apprentissage des leçons est essentiel, car le cerveau a besoin de plusieurs réactivations (7 en moyenne) pour bien fixer une information. Les neuro-sciences nous apprennent aussi que le stress chronique est contre-productif au moment de l’apprentissage : or, la peur permanente de la faute, la pression quotidienne sur les apprentissages, est une forme de stress chronique. Un cerveau détendu, qui accepte le risque de l’erreur (indispensable pour apprendre) est bien plus réceptif, et devient aussi meilleur en résolution de problèmes.

Les exercices, eux, peuvent avoir différents objectifs : certains permettent de mettre en application les notions apprises, de s’entraîner pour acquérir des automatismes, tandis que d’autres demandent surtout un travail de réflexion, parfois pour ensuite introduire en classe une nouvelle notion. Dans tous les cas, les exercices seront corrigés en classe. Pourquoi alors les corriger à la maison ? En agissant ainsi, vous risquez même d’être contre-productif. L’élève dont les parents ont corrigé le travail (parfois avec une pointe d’agacement …) ne verra pas l’intérêt de suivre une nouvelle correction en classe, et passera peut-être à côté d’une explication utile. Il se sentira moins impliqué en classe, moins responsable aussi du travail fourni.

Comment faire alors ?

Soyez présent pour vos enfants. Demandez-leur ce qu’ils ont appris, ce qu’ils doivent revoir. Parlez du contenu, aidez votre enfant à faire du lien entre ses apprentissages et son environnement ; si vous vous en sentez le goût et si vous en avez le temps, vous pouvez aussi enrichir la leçon par d’autres apports plus personnels. Faites vivre les savoirs.

Pour les exercices écrits, dites à votre enfant que vous êtes disponible pour le guider s’il en ressent le besoin ; aidez-le à trouver la solution, sans vous substituer à lui. « Que dit la leçon ? », « As-tu déjà fait un exercice qui ressemble à celui-là ? », « Où pourrais-tu chercher cette information ? ». Même si vous connaissez la réponse … car de toute façon, viendra un temps, plus ou moins lointain, où vous ne saurez pas mieux que lui. Et il faudra alors qu’il soit armé pour se débrouiller seul.

Et s’il retourne à l’école ou au collège avec des exercices qui comportent encore des fautes ? Eh bien, il suivra la correction. Elle sert à ça !

En résumé :

  • Parler de la leçon avec son enfant, en favorisant les liens avec la vie quotidienne, l’environnement, l’actualité.
  • Ne pas exiger des exercices sans fautes : l’apprentissage suppose l’erreur, et votre enfant sera plus attentif à la correction en classe.
  • Aider votre enfant à chercher ses réponses, sans les lui donner.
  • Laisser à votre enfant le temps nécessaire pour les « devoirs maison », l’aider à cette occasion à acquérir de bonnes méthodes de travail … mais sans exiger cette fois non plus la perfection. De toute façon, ils ne comptent presque pas dans la moyenne !

Comment réagir aux notes ?

Après les devoirs viennent les notes. Sans doute la plus grande source d’angoisse scolaire, pour les parents comme pour les enfants. Et logiquement la plus grande source de tension.

Pourtant, qu’est-ce qu’une note ? L’évaluation chiffrée (sur 10, sur 20, sur 37, sur 53, sur 100 …) d’un travail scolaire. Pas l’évaluation d’un élève. Pas l’évaluation de son intelligence. Pas l’évaluation de sa capacité à réussir sa vie. Encore moins l’évaluation du travail de ses parents. Juste l’évaluation d’un travail réalisé à un moment T, dans des circonstances données, et qui reflète plus ou moins bien l’acquisition de connaissances et de compétences par un élève à ce moment-là, dans ces conditions-là.

Quand l’élève reçoit l’évaluation d’un de ses travaux, il ne reçoit pas qu’une note, mais aussi des appréciations et annotations de l’enseignant, parfois très détaillées (et parfois lapidaires, c’est vrai aussi !). Ces annotations ont pour ambition d’aider l’élève à progresser, à acquérir ce qui lui manque encore. Pourtant, trop souvent, l’élève et ses parents ne retiennent que la note, « bonne » ou « mauvaise ».

Comment agir ?

  • Ne pas réagir sur la foi de la seule note.
  • Essayer de comprendre la note avec l’enfant : qu’as-tu réussi ? où as-tu eu des difficultés ? est-ce que tu as compris ton erreur ? comment feras-tu la prochaine fois ?
  • Penser en termes de connaissances et de compétences : j’ai vu un élève obtenir un 11/20 alors qu’il avait objectivement acquis 90 % des compétences en jeu dans son évaluation, et 100% des compétences de la leçon évaluée. Mais la répétition d’un seul et unique type d’erreur lui avait fait perdre 8 points sur les 20 du barème … Il était ensuite facile de cibler le travail d’apprentissage complémentaire.
  • Valoriser les progrès effectués (connaissances et compétences acquises)
  • Rester calme. Ne pas crier, ne pas s’énerver, ne pas faire de chantage. Au besoin, reporter l’examen du travail rendu à plus tard, quand l’émotion sera retombée.
  • Demander à son enfant s’il a besoin d’aide pour progresser, et de quel type d’aide.
  • En cas de difficultés persistantes, demander à rencontrer l’enseignant pour mieux comprendre ses attentes, lui demander des conseils, etc.

Ce que nous apprend la docimologie …

La docimologie est la discipline qui étudie les évaluations et les notes. Que nous apprend-elle ? Les notes dépendent bien sûr des connaissances et des compétences de l’élève, mais aussi de nombreux autres facteurs :

  • L’évaluateur (humeur, concentration, fatigue, préjugés inconscients, image qu’il se fait de la note …)
  • Les conditions de l’évaluation (une copie satisfaisante sera jugée moins bonne après des copies brillantes, ou meilleure après une série de copies moins bonnes)
  • Le barème (qui explique qu’avec 90% d’acquis on puisse avoir 11/20)
  • La formulation de l’énoncé

Et aussi …

  • La gestion du stress par l’élève
  • Les conditions de passation
  • Les choix stratégiques de l’élève (quels exercices privilégier ?)
  • Les conditions matérielles de passation (heure où se déroule l’évaluation, bruit, chaleur, voisinage …)
  • L’ingéniosité (capacité à « tricher » sans se faire prendre)

Il y a de quoi relativiser les notes, n’est-ce pas ?

 

 

 

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