L’intelligence ? Quelle(s) intelligence(s) ?

« Tout le monde est un génie. Mais si on juge un poisson à sa capacité à grimper aux arbres, il passera sa vie à croire qu’il est stupide ». Ainsi parlait Albert Einstein … ou du moins lui a-t-on attribué cette citation, à lui, l’ancien cancre génial qui a complètement modifié notre perception du monde et de l’univers. Cette citation est devenue aujourd’hui très populaire, et on l’associe souvent à la promotion de la théorie des intelligences multiples de Gardner.

Les intelligences multiples, qu’est-ce que c’est ?

Selon Howard Gardner, psychologue du développement et professeur à Harvard, notre intelligence ne saurait se limiter à ce que mesure traditionnellement le QI (quotient intellectuel) : la capacité au raisonnement logico-mathématique et à la manipulation des mots (oui, je sais, un test de QI est tout de même plus riche que ça !). Le génie humain s’étend bien au-delà de ces domaines, et les talents sont variés. On peut avoir un QI modeste, et être un excellent sportif, un très bon musicien, un artisan de talent, etc. En se penchant sur la palette des talents humains, Gardner a ainsi délimité 8 grandes formes d’intelligence :

  • L’intelligence logico-mathématique, c’est-à-dire l’aptitude à manipuler les nombres et à résoudre des problèmes en s’appuyant sur des raisonnements logiques. Cette forme d’intelligence est très valorisée scolairement. En France, c’est même encore souvent le principal critère de sélection scolaire.
  • L’intelligence verbale, ou linguistique, qui recouvre l’utilisation et la compréhension des mots et de leurs nuances. Elle est très discriminante scolairement, car la plupart des disciplines s’appuient dessus.
  • L’intelligence spatiale, qui permet de situer et de se situer dans l’espace, de visualiser des déplacements, des rotations … Indispensable dans la vie quotidienne, on ne l’utilise que marginalement à l’école : en géographie, en géométrie, en arts plastiques ou en EPS, et puis c’est tout.
  • L’intelligence naturaliste, qui sensibilise à l’environnement, pousse à observer, classer, comprendre le vivant, et qui n’est valorisée qu’en SVT.
  • L’intelligence musicale, celle du rythme et de la mélodie, du compositeur, de l’interprète, chanteur ou musicien … qui gagnerait à être davantage utilisée par les autres disciplines que la musique !
  • L’intelligence kinesthésique, ou corporelle, qui permet d’utiliser son corps avec maîtrise et agilité, et qu’on n’utilise plus guère qu’en EPS, depuis que la technologie a relégué les outils au placard.
  • L’intelligence interpersonnelle, celle de la relation à autrui, celle qui permet de comprendre les autres et de communiquer avec eux, de les persuader, de travailler en collaboration … forme d’intelligence qui est souvent tellement cadrée qu’elle en est niée pendant l’essentiel de la scolarité. Alors même qu’elle est survalorisée en entreprise …
  • L’intelligence intrapersonnelle, celle de la connaissance de soi, donc de l’estime de soi … dont on ne parle pas du tout en classe ! Et pourtant, elle est essentielle pour l’épanouissement personnel.

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« Mais c’est quoi l’intérêt ? De nous mettre (encore) dans des cases ? »

J’ai beaucoup aimé cette réflexion d’une maman rebelle sur un groupe facebook  🙂 Non, l’intérêt n’est pas de nous mettre dans des cases. Car il ne s’agit à aucun moment de dire : « toi, tu as cette forme d’intelligence là, ou celle-ci » Au contraire, chacun de nous possède, dans des proportions qui lui sont propres, personnelles, toutes ces formes d’intelligence ! On peut être très logico-mathématique, pas mal verbal, et très naturaliste, mais pas tellement interpersonnel ni musical. Ou bien très musical et interpersonnel, mais pas très logico-mathématique, et encore moins naturaliste. Les variations sont infinies ! Mais chacun a un rôle à jouer, en s’appuyant sur ses intelligences de prédilection.

Et contrairement au QI, cette vision des intelligences n’est pas classante. Il n’existe pas (et ce n’est pas souhaitable), un score des intelligences multiples qui, comme une moyenne générale, additionnerait les choux, les carottes et les pommes de terre pour faire une soupe où on ne retrouverait plus la saveur de chaque aliment. D’ailleurs, sous l’influence (entre autres) de cette théorie, les tests de QI évoluent et se subdivisent en indices de plus en plus nombreux, et on oublie la notion de QI total. Ce qui n’est pas un mal !

Découvrir ses formes d’intelligence, ou celles de son enfant, est donc une affaire d’observation et d’expérimentation. C’est en essayant de découvrir des domaines nouveaux qu’on voit si on peut y trouver plaisir et réussite, et qu’on fait émerger ses forces.

Et qu’est-ce que ça change, de connaître ses différentes intelligences ?

Tout d’abord, quand on est dans le cas où nos formes d’intelligence privilégiées ne sont pas les intelligences logico-mathématique et verbale, ça évite de se penser « nul », parce qu’on n’est pas un élève en réussite. Heureusement, la vie ne s’arrête pas aux portes de l’école ! Et on peut s’appuyer sur d’autres talents pour réussir : il est alors important de laisser l’enfant nourrir ces intelligences fortes, d’abord pour son estime de soi et sa confiance en soi, ensuite pour préparer l’avenir … (pour autant, on n’encouragera pas ses enfants à laisser totalement tomber le français et les maths … il faut être réaliste, et leur assurer un avenir scolaire et citoyen en s’assurant qu’ils ont les « bases »).

Ensuite, cela permet de se projeter dans l’avenir et d’élaborer un projet professionnel, puis un projet de formation, en cohérence avec sa personnalité, ses centres d’intérêt et ses talents propres.

Enfin, lorsque la faiblesse d’une forme d’intelligence met le jeune en difficulté, cela permet d’envisager la mise en place d’aides adaptées : orthophonie (verbal et logico-mathématique), ergothérapie (kinesthésique), psychologie et psychomotricité (interpersonnel, intrapersonnel, spatial), etc. Ce sont là les domaines clés dans lesquels des interventions sont possibles, et parfois souhaitables. On vit plutôt bien avec une intelligence naturaliste ou musicale un peu défaillante.

 

Avez-vous repéré vos formes d’intelligence dominantes ? Et celles de vos enfants ? Et que faites-vous pour les nourrir ?

 

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